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Groupe d’adolescents utilisant des téléphones portables dans le couloir du lycée.

Santé mentale des jeunes (2) : "Un chatbot ne peut pas poser un diagnostic"

Interview #bienetre #jeunes #santé

La santé mentale s’invite depuis quelques années dans les débats et les discussions. Elle a même été désignée Grande cause nationale en 2025 ! Et après ? Où en est-on ? Et surtout comment vont les jeunes ? Martin Viverge, pédopsychiatre, apporte son expertise et son regard sur les ados qu’il connaît bien.

Mis à jour le 25/02/2026

➡ Suite de Santé mentale des jeunes (1) 

🤔 Les réseaux sociaux permettent donc de donner un peu plus de visibilité à la santé mentale. Mais il y a aussi un impact plus négatif des réseaux sociaux sur les jeunes. Vous le constatez ? 


C'est un sujet complexe qu'il faut prendre avec prudence. Il nous anime dans les maisons des adolescents, évidemment, et il préoccupe les parents. Il y a quelques temps, on ne parlait que des écrans, et puis encore avant, des jeux vidéo violents. Aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux, demain ce sera l'IA. On est foutu si on est pour ou contre : c'est une réalité avec laquelle il faut faire. On a besoin de réglementation, de protection, d’études pour aider les jeunes avec ça. 

Sur les réseaux sociaux, on peut accéder à des contenus non censurés d'une extrême violence. Et un cerveau d'enfant de 12 ans n'est pas prêt, n'est pas mûr pour faire la part des choses. Aujourd’hui, aucun adolescent n'est capable de se protéger de certains contenus (suicide, scarification, violence, etc.). Pour moi, c'est un problème. 

doigts scrollant sur un tapis de course transformé en mobile

Mais les réseaux sociaux, même les pires, ne créent pas des maladies, mais ça participe. Si on se dit qu’en les interdisant on va réduire le mal-être et les pathologies psychiatriques, on ne prend pas vraiment le problème dans son ensemble. 

Attention : il est important qu'on s'assure que l'exposition à ces programmes, à ce virtuel, à certaines données, n’entrave pas le développement psycho-affectif et pubertaire des enfants.

🤔 Justement, face à un accès limité aux soins ou face à une peur d'aller consulter, de plus en plus de jeunes se tournent vers l'IA : qu’en pensez-vous ?


On a essayé dans une réunion pour tout vous dire. Les réponses qu'on a eues sur un échantillon très restreint n'étaient pas incohérentes. Pas pour du soin, mais pour des informations, des lieux qui peuvent être ressources pour quelqu'un, etc. etc. Donc il y a des choses qui sont utiles. Mais pour moi, c’est un symptôme de notre mauvaise accessibilité aux soins et de la très grande solitude.

Beaucoup d'études le constatent : la solitude est quelque chose qui semble ronger les jeunes alors que, par ailleurs, ils peuvent être très connectés, voire hyper connecté. Et la solitude, ce n'est pas une maladie, mais c'est quelque chose qui fait souffrir. Alors, qui doit prendre en compte la solitude ? Les médecins ou le social ? La société ? Ce sont des choses qui sont à inventer ?

Après, les chatbots sont bien conçus, sexys, accessibles, gratuits, avec les codes des ados. Je comprends que ça leur plaise. Mais attention : un chatbot ne peut pas poser de diagnostic. 

TikTok Preview

🤔 Il y a la solitude des jeunes mais aussi l’impuissance de certains parents…


Si on parle de santé mentale, il faut qu'on parle du désarroi et du pessimisme des parents qui impactent les enfants.
Un consensus social existait avant : les parents avaient l'espoir, l'ambition, la conviction que les enfants allaient vivre mieux, faire mieux qu’eux. Aujourd’hui, les parents pensent qu'ils sont en train de laisser un monde dramatiquement foutu (catastrophe écologique, guerre, pandémie, etc.), ils n'y croient plus pour leurs enfants : d’après la professeure Marie-Rose Moro, cela limite les adolescents et peut même participer à leur mal-être.

Aider, ça s’apprend

Ce podcast sur les les premiers secours en santé mentale te donne les clés pour aider un adolescent.

Alors certains parents sont parfois dans l'angélisme. Ils prétendent que leurs enfants peuvent tout faire, tout réparer. C'est difficile pour un ado. Il faut les décharger de ça, valoriser leurs compétences et leurs capacités, sans les bercer d'illusions et en les protégeant de nos craintes de l'avenir. Trouver le bon ajustement entre rêve et réalité.

Les rêves sont très importants : il ne faut pas s'empêcher et parfois sortir un peu des standards pour certains… 

🤔 L'orientation, ça peut être une source de stress chez les jeunes, plus encore avec des parents stressés… Comment accompagner son enfant ? 


Le « métier » de parent, c'est difficile, il ne faut pas chercher des responsables. L'hyperpression scolaire, ce n’est pas uniquement la faute des parents ou de l'école. À nouveau, on ne veut voir que ce qui nous arrange si on cherche un coupable. Le système scolaire est perfectible, les parents peuvent mettre moins la pression. Les ados ont à travailler sur leur propre posture et leurs propres ambitions. 

Mais on est quand même aussi dans une période où il y a une tendance au repli sur soi, à l'individualisme. Donc c'est difficile l'orientation. Le collège, c'est la pire période pour bosser l'affirmation de soi. 

parent réconfortant son enfant

🤔 Alors, comment aider un ado qui va mal ? 


Il n’y a pas un truc, une méthode qui fonctionnera à tous les coups. Mais y a pas mal de choses qui se sont développées ces dernières années, qui sont entre le soin et la prévention : la pair-aidance (l'entraide entre pairs), les nightline (lignes d'écoute), les premiers secours en santé mentale. Dans l'avenir, on va apprendre à des enfants à être secouriste pour d'autres enfants. 

Il y a plein d'idées, je trouve que c'est très positif. Mais il faut quand même des moyens pour soigner, on ne peut pas faire que de la prévention, il faut équilibrer. Les Maisons des adolescents sont dans cette intervalle de première ligne, entre la prévention et l’accompagnement court.

🤔 Et les parents ?


Les parents, il faut qu'on les aide à soutenir leurs enfants. Avec des espaces où ils peuvent échanger sur les difficultés qu'ils rencontrent. Du côté des maladies et des troubles, il y a évidemment des thérapies qui prennent en compte les parents. On regroupe des familles qui vont faire une thérapie ensemble : un parent se met à s'occuper d'un ado qui n'est pas le sien ou rentre en relation avec un autre parent pour parler de difficultés et s’entraider. 

On ne va pas soigner juste un symptôme ou une maladie : ce qui arrive à un enfant affecte l'ensemble d'un système.

Besoin d’aide ? Ne reste pas seul !

  • 3114, numéro national de prévention du suicide : accessible gratuitement 24h/24 et 7j/ 7. Des professionnels du soin, infirmiers ou psychologues sont à ton écoute.
  • Le Fil Santé Jeunes : service anonyme et gratuit pour les 12-25 ans, qui propose une ligne d’écoute au 0800 253 236, de 9h à 23h, 7j/ 7, un forum, un tchat et un site internet avec de l’info sur des structures spécialisées (lieux d’accueil et d’écoute, maisons des adolescents, structures de soins…). 
  • Mon soutien psy : 12 séances remboursées chez un psy partenaire pour t’aider à être aidé. Pour toutes et tous. 
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