Publié le 26/01/2026
Alors là-dessus, je suis prudent. "Santé mentale", c'est un mot assez nouveau. Il était peu utilisé avant 2018. Et la première des précautions que je prendrai, c'est de différencier la santé mentale de la pathologie, des maladies psychiatriques, des troubles psychiques et psychologiques. Parce que oui, il y a peut-être une aggravation, mais elle a commencé avant 2018. Ça fait un moment que la santé des adolescents ne va pas bien. Ça ne veut pas forcément dire qu'ils ont une pathologie. Ils traversent une période d'adolescence qui est dure, difficile. Certains tombent malades, d'autres non. Mais effectivement, en termes de troubles, on constate d'année en année que non seulement la santé se dégrade mais aussi que le COVID a eu un effet accélérateur.
Mais il y a une multitude de facteurs. Le problème c’est qu’on ne revient pas à l'état d’avant. Il y a aussi la mauvaise santé des soins pédopsychiatriques en France. Donc la conjoncture n’est pas bonne. Les études ont permis de s'intéresser davantage à la santé mentale, qui est maintenant entrée dans le langage courant. La santé mentale est un état de fonctionnement qui nous permet, au niveau personnel, d'avoir un certain équilibre entre la santé physique, sociale et psychologique. La santé, c’est une somme de facteurs plutôt qu’un état, ce n’est pas tout à fait la même chose.
Il faut dissocier le mal-être, les problématiques existentielles qui sont importantes et troublantes, perturbantes, des maladies qui peuvent se déclencher. On a des classifications, des manuels qui permettent de poser des diagnostics… Alors ce n’est pas tout le temps facile, parfois la frontière est mince.
Et puis l'adolescence est une période avec beaucoup de remaniements. Le mal-être, même s'il est important, ne nécessite pas forcément un soin spécialisé psychique ou pédopsychiatrique comme les troubles. Ça amène parfois de la confusion : on a un peu l’impression que tous les jeunes vont mal. Les médecins des Maisons des adolescents peuvent aider à faire la part des choses.
Ça, c'est très simple : la réponse est oui. Les enfants sont plus vulnérables et pour plusieurs raisons. Les adolescents en particulier sont dans des phases de transition, de remaniement cognitif, identitaire, physiologique, biologique. Et puis, si nos bases de construction, d'attachement autour de l'identité sont fragiles, instables, insécures (clivages, séparation, violence, etc.), forcément des vulnérabilités peuvent venir s’ajouter. Par exemple, la précarité (financière, sociale) est un facteur de vulnérabilité connu et reconnu.
Ce sont des périodes de fragilité, de vulnérabilité mais aussi de très belles périodes de créativité et de construction, évidemment. Et les deux à la fois. Plein de choses sont possibles, le meilleur comme le pire.
C'est trop complexe aujourd'hui pour y répondre, il n’y a pas de consensus. Les sociologues diront plutôt que c’est une fois qu'on a un permis, un peu de stabilité, d’autonomie, après s'être lancé dans une formation, un boulot… la vie de jeune adulte ! Et d'autres répondraient autrement. Mais aujourd’hui, l'adolescence est considérée comme la plus grande des parties de l'enfance. Ça commence à 11 ans, pour certains 10 ou 9, jusqu'à 22, 23, 24, voire 25 ans.
C'est un sujet qui, à mon avis, ne sera jamais épuisé. Si on parle de troubles, on peut parler de maladies. Avant l'adolescence, il y a une prédominance de troubles du comportement plutôt chez les garçons. Mais c'est à prendre avec des pincettes : il y a un peu cette idée-là que les enfants bruyants sont majoritairement les garçons dans les troubles du comportement. À l'adolescence, ça s'inverse un peu : ce sont plutôt les filles qui sont bruyantes dans les symptômes et autres. Ça ne veut pas forcément dire que c'est plus grave.
Il y a quelque chose qui est vrai depuis un certain temps, c'est que les adolescentes passent beaucoup à l'acte, mais il y a peu de décès. Elles s'attaquent plus à elles-mêmes, c’est plus intériorisé. Chez les garçons, c’est plus tourné vers l'extérieur, notamment dans les comportements à risque, la délinquance, etc. Et y a beaucoup de théories là-dessus.
Si on oublie cette question-là, on ne comprend pas vraiment ce qui arrive aux adolescents. Évidemment, je suis persuadé que la culture, la société, les pressions, les attendus ont un grand rôle à jouer là-dedans. Peut-être que il y a des codes qui sont transmis parfois de génération en génération. Les filles seraient plus dans la parole, alors que les garçons ne se plaignent pas trop parce que ça serait un peu vu comme de la faiblesse. On le retrouve aussi dans des corps de métiers - par exemple, les militaires.
Mais il y a de plus en plus d’hommes qui s’expriment sur les réseaux sociaux. Je pense à Teddy Riner qui, depuis des années, dit que son suivi psychologique est vraiment nécessaire pour lui. [ À suivre... ]
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